Les pionniers.

 

       La musique électroacoustique n'aurait pas pu connaître un tel succès , auprès des milieux musicaux de tous horizons , si des hommes mi-scientifiques , mi-musiciens ou des groupes de recherches n'avaient su démocratiser ce type de musique.

 

       Très controversée par les musiciens dits classiques , la musique électroacoustique a attiré peu-à-peu des musiciens connus ou ambitieux , tels Karlheinz Stockhausen ou Yannis Xenakis , qui se sont regroupés dans des groupes de recherches , dès 1948.

 

       Il est incontestable qu'un véritable schisme du monde musical de la fin des années 1940 , a freiné quelque peu le développement de la musique électroacoustique , phénomène qui s'est surtout fait ressentir en Europe.Toutefois , ce schisme a également été bénéfique dans le sens où il a permis à des musiciens inconnus ou peu connus mais ambitieux , de s'affirmer sur la scène électroacoustique internationale.

 

1)Les pionniers du futur :

       Parmi les pionniers de la musique électroacoustique , il serait criminel de ne pas citer le plus grand d'entre eux , Pierre Schaeffer.Pierre Schaeffer , né à Nancy en 1910 , entre à la radio , dès sa sortie de Polytechnique , en 1934.C'est sa réflexion sur les moyens radiophoniques de l'époque , qui l'a amené à être le père de la musique concrète et par le fait même compositeur.Pierre Schaeffer consignera , en 1966 , sa réflexion autour de son expérience musicale dans ce qui allait devenir le livre de référence des électroacousticiens , le "Traité des objets musicaux" , qui se veut un essai interdisciplinaire et entend passer "de l'expérience musicale à l'expérience humaine".En réalité , Pierre Schaeffer s'y interroge.Il se demande si la musique électroacoustique est une science ou un art.Parallèlement au "Traité des objets musicaux" , Pierre Schaeffer publiera en 1967 , le "Solfège des objets sonores".1968 , sera l'année de sa consécration.En effet , le Conservatoire National Supérieur De Musique De Paris ouvre pour lui , une classe vers laquelle se ruent les jeunes étudiants.Suivent ensuite les années noires , où Pierre Scaheffer sera remercié du Service de Recherche de la radio.Il se sent seul.En 1977 , dans une lettre à Albert Richard , Pierre Schaeffer écrira "plus je cherche un écho , plus il me renvoie une grimace".

 

       Pierre Henry , est le premier fils spirituel de Pierre Schaeffer.Pierre Henry , né à Paris , en 1927 , fut élève au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il suivit la classe d'analyse d'Olivier Messiaen.Au départ pianiste , il se met aux percussions , ce qui lui permettra de rejoindre Pierre Schaeffer , en 1950.Il réfléchira au rapport entre le son et l'image , à la conception d'images sonores , tout en continuant le travail de composition entrepris puis abandonné par Pierre Schaeffer.Pierre Henry , rompra violemment avec Pierre Schaeffer , en 1958 , date à laquelle il fonde son propre studio , l'APSOME , Application de Procédés Sonores de Musiques Electroacoustique.Sa première commande officielle intervient en 1968.Il compose alors "Apocalypse" , l'une de ses œuvres majeures.Des travaux de Pierre Henry , architecte du son , il reste un héritage composé principalement de sons qu'il a lui-même capturés , créés , archivés.

 

2)Les groupes de recherches:

       Le savoir-faire et l'expérience français , incarnés par Pierre Schaeffer et Pierre Henry , propulseront la France sur le devant de la scène électroacoustique mondiale.Ainsi , c'est en 1948 , que Pierre Schaeffer fondera le Groupe de Recherches de Musique Concrète , remplacé par le Groupe de Recherches Musicales dont l'existence sera reconnue officiellement en 1951.Paris devient dès lors la capitale mondiale de la musique électroacoustique.Stockhausen , Xénakis , Ferrari , Malec rejoignent le Groupe de Recherches Musicales , pour s'en séparer ensuite.

 

       Stockhausen rejoindra ensuite le Groupe de Musique Electronique , fondé en 1953 , dans les studios de la Westdeutsche Rundfunk de Cologne , dont il sera directeur à partir de 1963.

 

       Aux Etats-Unis , ce sont les universités qui hébergeront les groupes de musique électroacoustique.Ainsi , en 1953 , s'ouvre dans le cadre de l'Université de Columbia , dans l'Etat de New-York , un laboratoire de musique expérimental joint au département de musique.

 

       Signalons aussi , l'initiative suisse , conduite par Herman Scherchen , qui créera à Gravesano où il habite un studio expérimental , en 1954.

 

       Toujours en 1954 , c'est le Japon , cette fois qui se retrouve sous le feu des projecteurs , par la fondation à Tokyo , du premier studio de musique expérimentale , d'après les modèles de Paris et Cologne.

 

       L'année suivante , c'est la radio italienne , la RAI qui crée à Milan , le studio Di Fonologia.

 

       A l'Est , c'est la Pologne qui entre dans la compétition en installant un centre expérimental dans le cadre de l'Union des Compositeurs , puis un studio expérimental dans les locaux de la radio de Varsovie , en 1957.

 

       Viennent ensuite , l'Angleterre , avec la BBC , la Hollande , avec les laboratoires Philips , puis la Suède…

 

       Il semble maintenant indéniable que la radio , plus que la télévision , a été un véritable vecteur , dans l'expansion et la démocratisation de la musique électroacoustique , permettant à de jeunes compositeurs de faire leurs premières armes.Yannis Xénakis , Luigi Nono , Luc Ferrari , Ivo Malec , Bruno Maderna , autant de nom qui ont séjourné dans les studios-laboratoires des radios européennes et françaises en particulier.

 

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